La France s’enfonce dans l’eugénisme

Dans une conférence de presse de l’Agence de biomédecine en décembre dernier, celle-ci se félicitait que 400 000 femmes, soit près de la moitié des femmes enceintes, aient eu recours en 2011 à des tests précoces de dépistage de la trisomie 21.

L’intérêt du test, c’est qu’il réduirait le recours à l’amniocentèse, ce geste invasif et non dénué de risque pour l’enfant. L’inconvénient, c’est qu’il inscrit plus encore couples et médecins dans une logique de sélection prénatale.

Le forum européen de la bioéthique qui s’est tenu à Strasbourg, du 30 janvier au 4 février 2012 à l’initiative du professeur Israël Nisand, donna l’occasion d’écouter le Docteur Leblanc, gynécologue obstétricien qui s’inquiète qu’on ne soit « plus dans la médecine de soin, mais dans la traque du handicap ». Pour ce spécialiste « L’enfant à venir est présumé coupable et doit prouver sa normalité ». 

Il faut dire que la systématisation du recours au dépistage prénatal, inscrite dans la loi bioéthique votée en juin dernier, n’a pas arrangé les choses. D’ailleurs, nombre de médecins généralistes se sentent piégés par ce qui est maintenant une obligation de dépistage. Et certains revendiquent une objection de conscience.

Reconnaissons que les chiffres peuvent nous étonner ! Dans notre pays, dans lequel les consensus sont si rares, ce sont 96 à 98 % des fœtus porteurs de trisomie 21 qui sont avortés après que le diagnostic ait été posé. Le caractère inacceptable de la trisomie 21 serait-il un des rares sujets consensuels ?

D’où vient la pression ? Des médecins ou des familles ? Difficile à dire. Sans doute des deux. Quoi qu’il en soit, elle va encore s’accentuer avec l’arrivée de nouveaux tests encore plus précoces : sur une simple prise de sang chez la mère enceinte de 4 à 5 semaines, on peut dorénavant isoler quelques cellules fœtales et pratiquer une analyse chromosomique. Cette pratique, encore en phase d’expérimentation, est en passe de se généraliser.

Le professeur Didier Sicard, ancien président du Comité consultatif national d’éthique, fut l’une des premières personnalités à dénoncer sans langue de bois notre eugénisme très national. A Strasbourg, la semaine dernière, il a lancé un nouveau cri d’alarme. Selon lui, Einstein ne pourrait naître en 2012 du fait d’une malformation cérébrale.

Didier Sicard  a mis en garde contre le dépistage très précoce par prélèvement sanguin maternel : l’avortement devient alors possible « dans le délai de l’IVG », « l’enfant jetable est à nos portes » poursuit-il.

Certains récusent qu’il s’agisse d’eugénisme. L’eugénisme ne concernerait que des choix politiques, excluant les pratiques individuelles de cette dénomination. Il reste que la France détient bien le record du monde du dépistage anténatal du handicap suivi d’avortement. Et que le tout est validé par la loi et remboursé par la sécurité sociale. Qu’est-ce donc si ce n’est une politique eugéniste ?

Tous ces débats scientifiques et questions de société ne doivent pas nous faire perdre de vue l’essentiel.

Premièrement, la personne souffrant d’une maladie ou d’un handicap doit être accueillie avec une particulière délicatesse. Elle a toute sa place parmi nous.

Deuxièmement, les dilemmes dans lesquels se débattent parents et soignants doivent susciter avant tout écoute, compassion, encouragements. 

Troisièmement, en cette période pré-électorale, on attend des déclarations fortes des candidats pour réaffirmer des valeurs de solidarité envers les plus vulnérables.

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