Avortement, mariage homosexuel, christianophobie et politique espagnole

L’alternance politique en Espagne n’a pas surpris. La victoire du Parti Populaire était annoncée depuis des semaines, elle est massive et sans appel. Il faut dire que le gouvernement socialiste de José Luis Zapatero semble dépassé par la très difficile crise économique qui frappe l’Espagne.

Comme en France, quand il faut prendre des décisions difficiles d’austérité qui apparaissent inévitables, la droite semble plus inspirer confiance que la gauche. La plupart des analystes verront donc dans le résultat du scrutin espagnol une conséquence de la situation économique préoccupante du pays.

Mais, à y regarder de plus près, il y a probablement d’autres enjeux qui ont motivé les électeurs. Car le gouvernement socialiste de José-Luis Zapatero a fait preuve, pendant ces années de pouvoir, d’une incroyable détermination à mettre en œuvre des bouleversements de société, ébranlant profondément les repères les plus structurants.

C’est sous ce gouvernement que seront votées des lois institutionnalisant un « mariage » entre personnes de même sexe. La promotion de structures « familiales » bancales fragilise le droit de l’enfant à être élevé dans un cadre structurant, si possible par son père et par sa mère.

Dans un pays réputé pour être des plus laxistes sur l’avortement, la loi a été modifiée en 2010 pour autoriser l’IVG très largement jusqu’à 14 semaines, y compris pour des adolescentes, sans autorisation ni même information des parents. Dans la foulée, c’est l’objection de conscience des soignants, droit pourtant fondamental, qui a été attaquée.

A l’heure où, en France, on parle beaucoup de christianophobie, il apparaît que le gouvernement de José-Luis Zapatero a témoigné d’une forte hostilité envers les chrétiens, remettant en cause la liberté scolaire, proposant des lois visant à interdire des crucifix, accueillant de fort mauvaise grâce le Pape Benoît XVI, etc …

Si le contexte économique a pesé lourd, à l’évidence, il n’en reste pas moins que le gouvernement socialiste espagnol s’est aliéné une partie de ses soutiens en raison de sa politique agressive sur des questions de société sensibles.

Dès lors, la droite avait beau jeu, en annonçant – entre autres – une loi visant à protéger la maternité et à soutenir les femmes enceintes, particulièrement celles qui sont en situation difficile.

En Espagne, comme aux Etats-Unis, comme dans de nombreux pays, les libertés fondamentales et la protection des plus fragiles font partie des critères qui pèsent lorsqu’il faut se déterminer pour un vote.

Ces questions sont transversales, elles dépassent les clivages politiques traditionnels. Ils sont nombreux, à droite comme à gauche à récuser les projets de société bâtis sur le libéralisme économique à tout crin et sur l’hyper-libéralisme des mœurs. Autrement dit, à récuser la loi du plus fort.

La droite espagnole saura-t-elle être à la hauteur des aspirations des électeurs ? Elle devra le prouver dans les mois qui viennent.

En France, le débat politique gagnerait en qualité s’il s’appliquait à construire un projet de société qui viserait à protéger les plus fragiles.