Euthanasie : intéressante étude sur les demandes de mort

Avant même d’avoir été publiée (elle est attendue dans le prochain numéro du « European Journal of Cancer »), l’étude sur les demandes de mort réalisée par une équipe Française aura fait du bruit. Elle aura d’ailleurs été immédiatement récupérée par les militants de l’euthanasie qui y voient une base scientifique pour justifier la pratique qu’ils revendiquent.

Pourtant, à y regarder de plus près, l’article pourrait bien apporter des arguments dans le sens contraire.

L’enquête a duré 1 an, auprès de 789 structures françaises de soins palliatifs : services spécialités, équipes mobiles de soignants intervenant dans les hôpitaux, réseaux de soins palliatifs à domicile. Sur ces 789 équipes soignantes, 342 d’entre elles ont rapporté 783 demandes de mort.

Ces demandes sont formulées dans 60 % des cas par le malade lui-même, dans un tiers des cas par les proches et, pour 6 %, par les soignants eux-mêmes. Ces chiffres tranchent avec l’expérience habituelle des soignants de soins palliatifs qui rapportent que ce sont avant tout les proches, puis les soignants et beaucoup plus rarement les malades eux-mêmes qui expriment des demandes de mort demandes qui restent exceptionnelles.

Ceci traduirait-il une évolution rapide des mentalités ? C’est possible. Pour certains observateurs, en effet, la récurrence des débats médiatiques sur l’euthanasie susciterait une forte interrogation chez les personnes souffrantes, les conduisant à douter du sens de leur vie, de leur propre dignité. La demande de mort serait très « contagieuse ».

Dans l’immense majorité des cas (72 %) les malades qui expriment des souhaits de mort sont atteints de cancer. Ce n’est pas tant parce que le cancer serait plus pénible que d’autres maladies, neurologiques par exemple. C’est avant tout parce que le cancer est extrêmement fréquent.

Ce n’est pas principalement la douleur qui est à l’origine de ces demandes de mort. Seuls 3,7 % des patients présentent une douleur mal contrôlée. C’est avant tout les difficultés à s’alimenter, à se déplacer, l’incontinence ou la cachexie qui semblent en cause. Et tout ce qui s’apparente à une remise en cause de la dignité. C’est le regard des autres qui est à l’origine de la demande d’euthanasie.

Pour plus de la moitié des malades, la prise en charge en soins palliatifs est la réponse à la demande de mort formulée par le malade. Ce constat est désolant ! Car la place des soins palliatifs se situe en amont, justement pour éviter que les symptômes et la désespérance précipitent vers la tentation suicidaire.

Pour finir, on peut s’interroger sur la confusion du critère retenu dans l’étude. La « demande de mort » regroupe en effet des demandes explicites d’euthanasie mais aussi l’expression par certaines personnes âgées et/ou malades du souhait que la vie se termine, du sentiment d’avoir accompli sa vie, d’avoir terminé sa route, elles traduisent la lassitude, ou le scrupule de donner trop de soucis à son entourage.

Qui n’a pas entendu des paroles similaires de la part de personnes âgées ? Si l’euthanasie consiste à prendre ces plaintes au pied de la lettre et hâter la venue du terme, on pressent les dérives vers lesquelles une légalisation de l’euthanasie va conduire !

L’euthanasie serait une réponse simpliste et inadéquate à de vraies questions soulevées par cette passionnante étude. Elle ouvre le chemin à d’autres travaux et à de probables remises en cause des pratiques, pour améliorer l’accompagnement.