AMP avec don de sperme : la France est-elle protégée des dérives eugéniques ?

Starbuck, un film Canadien suscite l’émotion. Il met en scène un donneur de sperme qui cherche à rencontrer ses enfants, au nombre de 533 !

L’histoire serait autobiographique, le réalisateur de Toronto Barry Stevens ayant lui-même été conçu par AMP avec sperme de donneur. Il s’est déjà découvert des dizaines de demi-frères et sœurs, au Canada, aux Etats-Unis et en Europe. Et il estime que sa fratrie compterait entre 500 et 1.000 membres à travers le monde. Si son cas est particulièrement frappant, il semble loin de constituer une exception en Amérique du nord.

On s’étonne que ce soit possible alors que les normes internationales recommandent de limiter à 20 le nombre d’enfants conçus du même donneur. Le problème vient des pays où les gamètes sont disponibles sur catalogue comme les Etats-Unis ou le Canada: les couples peuvent choisir des donneurs qui répondent à leurs fantasmes. Et comme aucune loi ne limite le nombre d’enfants issus du même donneur, certaines « vedettes » sont victimes de leur succès.

Ils sont grands, aux yeux bleus, ils ont fait de bonnes études, ils sont minces et sportifs, ils sont essentiellement Américains ou Canadiens et se retrouvent donc pères de fratries considérables.

Contrairement aux apparences, ce n’est pas de la science-fiction. Et cette situation inquiète. Elle inquiète en raison des risques sanitaires qu’elle entraîne. En particulier les risque de maladies autosomiques récessives qui sont favorisées par la consanguinité, comme la mucoviscidose, l’hémochromatose, la drépanocytose, les thalassémies ….

Elle inquiète aussi en raison du risque d’inceste. Les personnes qui ont recours au don de sperme sont souvent issus des mêmes milieux économiques et sociaux. Elles se connaissent, se conseillent les mêmes médecins, habitent dans les mêmes quartiers.  Le risque d’incestes involontaires entre demi-frères et sœurs n’a donc rien de théorique. C’est l’évidence Outre-Atlantique, mais le risque n’est pas nul en France.

En Europe, ce qui fait l’événement ces jours-ci, c’est le refus de la société Cryos, la plus grande banque de sperme privée au monde, d’acheter de la semence d’homme roux.

En effet, à l’exception de l’Irlande, il n’y a pas ou trop peu de marché pour des graines de roux. Par contre, les grands bruns aux yeux bleus ont la cote en Europe du sud. Et les blonds aux yeux bleus intéressent particulièrement les européens du nord et les nord américains.

Il n’en faut pas plus pour qu’on crie à la discrimination envers les roux. L’émotion outre-manche est forte. Des scientifiques ont même pronostiqué l’extinction des roux à l’échéance d’un siècle.

L’assistance médicale à la procréation avec don de gamètes pose de nombreuses questions éthiques. Dans la pratique française, les règles d’anonymat et de gratuité du don sont censées nous protéger des dérives eugéniques que l’on observe à l’étranger.

Pourtant, il ne faudrait pas se rassurer à bon compte : quelques clics sur internet permettent facilement de contourner la législation. Et ces dérives eugéniques semblent difficilement dissociables de la logique même de l’AMP.