Le Pape fait l’actualité … à propos du préservatif

Il aura suffi de quelques lignes extraites d’un livre d’entretiens de Benoît XVI pour susciter un énorme battage médiatique. L’affaire faisait la une des journaux télévisés et radiophoniques dimanche. Des journalistes étaient présents aux entrées ou sorties des messes dominicales – cela n’arrive pas si souvent – pour recueillir les réactions des fidèles catholiques.

Globalement, la presse semblait plutôt bien accueillir ce que beaucoup de commentateurs ont compris comme un revirement du Pape sur la question du préservatif. Ce fut aussi l’interprétation de tous ceux qui sont habituellement plutôt hostiles à l’église catholiques.

Ce qui a tant réjouit certains, c’est qu’ils ont eu le sentiment d’avoir réussi à contraindre le pape à changer d’avis. Ce n’est pas tant la protection vis-à-vis du virus du Sida qui les préoccupe mais plutôt de voir dans les paroles du Pape comme une confirmation de leur politique.

À la fin du chapitre 10 du livre « Lumière du monde » dont la parution est prévue le 3 décembre en France, livre d’interview avec le journaliste allemand Peter Seewald, alors que ce dernier demande à Benoît XVI s’il ne s’agit pas d’une « folie » que d’interdire l’utilisation du préservatif, le pape répond que son usage « peut se justifier dans certains cas ».

Il est des situations dans lesquelles l’exercice de la sexualité représente un risque pour la vie de l’autre. Benoit XVI donne l’exemple d’une prostituée qui demanderait à un « client » d’utiliser un préservatif.

Dans ce cas, le Pape ne justifie pas l’exercice désordonné de la sexualité, mais estime que l’utilisation du préservatif pour réduire le risque d’infection est – je cite – un « premier acte de responsabilité », un « premier pas sur la voie d’une sexualité plus humaine ». Il ne valide aucunement le préservatif comme moyen de contraception. Ni le recours à la prostitution ! Mais, si l’exercice de la sexualité est inévitable, le préservatif est alors un outil de protection de la santé.

Pour être honnête , il semble difficile de considérer cette précision comme une volte-face révolutionnaire. Rien n’est rayé de l’enseignement traditionnel de l’église. Mais l’expression par le pape est clairement nouvelle.

En répétant que le préservatif n’est pas LA solution au SIDA, Benoit XVI confirme ses paroles si controversées prononcées lors de son voyage en afrique.

Car la promotion EXCLUSIVE de la capote, en omettant volontairement et pour des raisons idéologiques que la meilleure prévention c’est de réserver l’exercice de la sexualité au sein d’un couple marié et fidèle ; la promotion exclusive de la capote donc, plutôt que de résoudre l’épidémie de sida risque plutôt de l’aggraver en encourageant cette sexualité désordonnée qui facilite la contamination.

Le message de l’Eglise sur l’amour et le sexe ne se réduit pas à la capote.

Ces malentendus répétés entre les paroles de l’église et les médias  sont en partie liés à l’inculture de certains journalistes, mais aussi à la nécessité, dans les média audiovisuels grand public, de résumer toutes les informations y compris les plus complexes, celles qui nécessiteraient du temps, de la prudence, de la délicatesse,  en attitudes tranchées : oui ou non, blanc ou noir. C’est l’exigence de la brièveté qui s’oppose à l’analyse, à la prise de recul et peut-être même à l’intelligence.

C’est préoccupant. Car ce fonctionnement, inhérent à la plupart des médias, les rend incapables d’analyser ou simplement de rapporter la plupart des enjeux éthiques.