Partager la publication "Procès de l’infanticide et déni de grossesse"
8 ans de prison ! Le verdict est tombé la semaine dernière pour Véronique Courjault. Jugée pour assassinat, elle encourait la prison à perpétuité, car les faits qui lui sont reprochés sont d’une particulière gravité.
Véronique Courjault, à priori une mère sans histoire de deux enfants âgés aujourd’hui de 12 et 14 ans, a en effet avoué avoir tué ses trois derniers bébés : deux nourrissons nés à Séoul, l’un en 2002, l’autre en 2003 qu’elle avait étouffés à la naissance puis déposés dans le congélateur familial où ils sont restés quatre ans avant d’être découverts par son mari, père des enfants. Elle avait précédemment fait disparaître un autre bébé nouveau-né en l’incinérant, après l’avoir étouffé, en juillet 1999 à Souvigny-de-Touraine en Indre-et-Loire.
Véronique Courjault était donc jugée par la Cour d’Assises pour «triple assassinat». Pendant son procès, elle a semblé désarmée, incapable d’expliciter les faits, disant ne pas comprendre, semblant découvrir la réalité.
Les nombreux experts se sont renvoyé la balle : déni de grossesse, déni de maternité, dénégation, dissimulation, mensonge… Pour certains, Véronique Courjault « est toujours restée en contact avec la réalité, y compris la réalité de trois grossesses dissimulées ».
Elle a déclaré «Pour moi, ça n’a jamais été des enfants, ce n’était pas des êtres à part entière.» Mais aussi, le contraire, devant les gendarmes en affirmant «Puisque cet enfant était de moi, je m’accordais tous les droits sur lui, même celui de lui donner la mort». Elle justifiera le meurtre de ses trois derniers enfants par le souci de mieux s’occuper des deux premiers. Menteuse manipulatrice ou psychopathe ? L’avocat général avoue à un moment ne plus rien y comprendre.
Véronique Courjault a donc été condamnée à huit ans de prison par la cour d’assises du Loir et Cher, alors que le procureur avait réclamé 10 ans. Une peine évidemment très lourde. Et pourtant une condamnation clémente car elle risquait beaucoup plus.
Ayant passé plusieurs années en détention préventive, bénéficiant des remises de peine, elle pourrait d’ailleurs sortir de prison dans un an.
C’est une condamnation à mi-chemin :
- ni un acquittement ou un condamnation légère que l’on aurait pu imaginer pour une déni de grossesse par une personne qui en serait pas responsable de ses actes, une déséquilibrée, une malade ;
- ni une condamnation sévère qui aurait pu sembler justifiée pour un triple meurtre avec préméditation
S’il faut se réjouir lorsque la justice condamne avec clémence, s’il faut aussi se réjouir que les deux enfants de Véronique Courjault puissent retrouver leur mère prochainement, ce jugement laisse pourtant un certain sentiment de malaise.
Ce malaise a trait aux arguments utilisés par divers intervenants et en premier lieu par l’accusée elle-même : des vies qui ne seraient pas pleinement humaines, la toute-puissance maternelle qui lui donnerait des droits sur la vie de ses enfants, la volonté de préserver l’équilibre familial …
Ce sont les arguments de ceux qui légitiment l’avortement. Avec comme seule distinction que le raisonnement s’applique ici aux nouveau-nés.
Ce procès agit ainsi comme un révélateur. En France, ce sont 220.000 enfants qui sont avortés chaque année. L’infanticide est pratiqué par les médecins et parfois des sages-femmes lors des IMG tardives. 176000 embryons sont congelés. Presque tout dans la loi et la jurisprudence dit qu’un enfant non désiré, non « investi », sans « projet parental » n’est rien.
Nos repères sont troublés.
La société française, de façon plus ou moins consciente, décharge ces actes de tout jugement moral négatif. Elle a donc du mal à se positionner face au drame qu’ont vécu les trois nouveaux-nés de la famille Courjault.